JRNL 160725 – 180725
160725
Ce matin devant ma porte, une souris et un lézard, morts. Apparemment on m’a apporté le petit déjeuner.
J’ai été embarqué dans un jeu de style Donjons et Dragons aujourd’hui, j’ai choisi d’incarner le moine des vents, un choix nul selon les organisateurs. Je m’en suis bien tiré.
J’ai appliqué des silhouettes d’oiseaux sur une nappe cet après-midi, des plus jolies que celles qui ornent les baies vitrées. J’ai fait ça vite, encore cette vieille rengaine : faut pas perdre de temps. Quel temps ? IMPERFECTUS BENE MIHI EST. Je le sais que c’est pas faire tout ou tout juste qui est important, mais qu’est-ce que je fais de moi, ici et maintenant ? Comment je me traite. Viens, je me prends par la main, allons regarder danser les oiseaux, dehors.
Je tombe sur une coquille d’escargot.
Fasciné.
Je retrouve les Québécoises, elles parlent de Mère Teresa. Je ris beaucoup car l’une d’elles en parle en disant « Madame Teresa », même qu’une fois elle lâche, sans s’en rendre compte, un « Madame Mère ».
Se préparer pour un marché artisanal, comme se préparer pour une exposition. Les pièces réalisées, les boutons, les magnets, les vêtements, je pourrais les exposer. Je bois de l’eau très gazeuse, Badoit rouge. J’ai créé des pièces uniques, des élans, des réalisations que je ne referai peut-être plus jamais. J’ai tout mis dedans : mes inspirations, mes doutes, mes mignonneries, ma positivité… Je me mets sur la table, je me vends, c’est ça, j’ai l’impression de m’exposer.
Je pense que c’est juste. Que c’est là où je suis. Je ne vois pas le chemin mais je dois être dessus, j’imagine, guidé.
Reste ce : t’aurais pu faire plus, mieux…
Je veux m’amuser,
rire, arrêter tout ce sérieux.
Mon talent, il n’est pas sérieux.
Il est facile, fluide.
Moi aussi.
L’histoire de Grunwalski m’est revenue en tête, j’ai revu la scène sur les internets. Fasciné.
Mon chat est venu se lover contre moi.
Tout contre.
C’est la première fois, ce mouvement-là.
J’ai compris :
tu es suffisant.
Touché !
Mon petit voisin a passé sa journée avec une sorte de machine, un long tuyau, à brûler les plantes qui poussent entre les dalles du chemin sous mon balcon. Je trouvais ça joli pourtant. Ces plantes qui n’en ont que faire de notre sérieux. J’en sens encore l’odeur.
170725
Je vis dans un cinq étoiles déjeuner compris. Ce matin, canapé du salon, petite souris. Bon appétit. Me faudra parler au chef.
J’ai géré mes angoisses aujourd’hui, tout se rapproche, je change, je suis sur un pont, cette fois je le traverse. Pas besoin de mille mots, je suis envahi de vagues, j’apprends à surfer.
Je continue de broder, œil clos, cœur cousu, épingle dansante, j’y mets des phrases. Je marche avec le flou.
Beaucoup est sorti, vagues de larmes, je me sens mieux, je commence à trouver mon équilibre sur la planche. Je reçois de l’aide, de l’attention, des pensées, je le vois pas de suite, ça me frappe plus tard, après. Je suis voyant, je suis en retard.
Ça ne tient qu’à un fil, et c’est parfait.
J’ai absolument voulu vite encore faire deux pulls aujourd’hui, je me pousse. J’avais de bonnes idées, de bonnes intentions, pourtant. J’ai eu des soucis avec mes machines, elles m’ont dit : non, ça suffit. J’ai insisté. Résultat :
Un pull raté et un non terminé.
Quand je dis que c’est un exercice, le lâcher-prise… Le plus surprenant, je vais bien. Je me sens comme pris la main dans le sac et je souris car je le sais bien, j’ai triché.
C’est bientôt minuit.
Brouillard.
Il y a trop pour gérer.
Assez pour tout lâcher.
Brouillard de route.
Ça fait du bien.
J’y vois rien.
Brouillard complet.
180725
Pas pris vraiment le temps d’écrire aujourd’hui. Pas parce que rien ne s’est passé, au contraire. Le temps s’est replié sur lui-même, un peu trop serré pour y glisser des mots.
J’ai cousu, préparé, rassemblé pour le marché. J’ai pensé à la météo, à ma tenue en coton fin, à ce que ça dira de moi là-bas. Je suis simple et compliqué, tout en même temps et c’est beau.
J’ai collé des étiquettes, mis en forme des histoires, mais là, tout de suite, je ne sais plus très bien ce que j’ai raconté.
Je n’ai pas rattrapé les erreurs d’hier. Je n’ai pas corrigé les défauts d’aujourd’hui. J’ai fait avec. Et parfois, j’ai fait sans.
Je ne me suis pas perdu, mais je me suis éparpillé. Un peu dans les tissus, un peu dans les phrases, un peu dans l’attente de demain. Et j’ai avancé. En silence.
Ce soir, je suis fatigué, une fatigue cousue main, comme le reste. Et rien que pour ça, ça valait la peine.


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