JournalJRNL 130725 – 150725

JRNL 130725 – 150725

130725
Minuit quatorze.
Retour dans la petite maison entravée.
Nuit noire à l’intérieur, un léger gris bleu foncé fait apparaître une fenêtre à travers laquelle je perçois de petites lumières blanches. Pas des étoiles mais des petits chalets de la vallée d’en face. Comme dirait la dame que j’ai croisée il y a quelques années,
– s’il y a de la lumière, c’est qu’ils sont bien rentrés.

À la radio deux dragqueens imaginent le cosmos.
– il y a un univers où je suis Mylène Farmer, dit l’une.
– et un autre où tu es bien habillée ? répond l’autre.
Je voyage.

Ce matin j’ai réalisé une nouvelle série de boutons, autruches, girafes, nageurs, oiseaux et papillons.
Des paires, j’aime bien ça, les paires.

Je compartimente ma journée,
bientôt midi,
l’instant s’éloigne,
« j’optimise ».
J’aime pas ça.

Je sens des colères.
Dans la pièce ce matin, moi.
Comment accuser qui que ce soit ?

16:30, le chat miaule à la porte.
Quand j’ouvre, rentrent lui et ses amis du quartier.
Je l’avais pourtant dit.
Ce ne sera pas moi.
La dame des chats.

On a le droit d’être délusionnel.
On a le droit d’écrire des phrases comme :
La cuisinière adore ça, passer du temps chez nous.

Je suis à huit minutes du quatorze.
Pas évident de rester maintenant.
Les yeux rivés sur l’horloge.


140725
Il pleut aujourd’hui, ma voisine court sur son tapis, on dirait le rythme cardiaque détraqué d’une maison. Elle court dans sa pièce peu importe le dehors, aujourd’hui il pleut.

Je fume,
sur les ruines d’une histoire,
qui ne vit que dans ma tête.
C’était nécessaire.
Je me lève.
Écrase la cigarette,
de la pointe de ma chaussure.
J’avance.
Ne me retourne pas.

Je me couds une tenue,
née d’un élan,
dans les bleus,
je brode dessus,
dans les gris.
Je suis comme elle : libre.
Même cousu.

15h54, le petit magasin est ouvert depuis vingt-quatre minutes, j’y vais, juste pour dire, j’ai bougé, j’ai voyagé un peu.

J’aime de plus en plus faire des pas sans savoir où ils vont se poser, c’est comme découvrir qu’il n’y a pas de vide, qu’un sol apparaît.
À chaque fois.

Mon chat est sur le dos, étiré, tranquille, il n’aime pas que je lui touche le ventre.
Je lui touche le ventre.

Je pense au marché de samedi/dimanche. Ce sera mon premier. Je suis content de me montrer, simple.
À vendre : moi.

Ça me fait travailler.
Mentalement.
Je brode pour ne pas tout affronter.

Début de la nuit, je suis dehors.
Le sol est chaud, je suis en peignoir.
Il est vert, tenace.

À la radio deux Québécoises cette fois,
– t’as aimé le défi que je t’ai donné ? dit l’une.
– oui, t’es fine, pour une fois il était facile, j’étais malade quand j’ai commencé à faire la recherche pis ça m’a pas pris beaucoup de temps, fait que ça m’a comme, fait t’aimer, plus.
Répond l’autre.


150725
J’essaie une voiture plus grande. C’est un emprunt, pour transporter plus. Je suis tendu, trente minutes de conduite, je pourrais me coucher. C’est une question d’habitude, je m’entends penser. Oui oui, je vais faire un somme, à toute, je m’entends répondre.

Matinée au bureau, tous dans une même direction, un endroit où seul, jamais on irait.

J’ai une histoire en parallèle des envolées à emporter que j’écris ici.
L’histoire d’une enquêtrice, d’une libraire, d’un homme disparu et de sa fille, Sabrina. Les premières lignes se sont écrites à quatre mains, les deux miennes et celles d’un ami, il écrit plus, depuis déjà près d’un an.
Moi je continue, à mon rythme, lent. L’héroïne, Maud, songe à élever des chèvres dans le Périgord, elle dit ça sans y penser, ce qu’elle veut surtout, c’est être en paix. Elle pense que changer l’extérieur change l’intérieur. L’homme disparu ne l’est pas vraiment, il a un plan, Monique la libraire est dans la confidence. Sa fille Sabrina, en apprenant la nouvelle de sa disparition par Chantal, n’est pas perturbée. Plus absent qu’absent, lâche-t-elle au téléphone, la main sur la cafetière italienne, les yeux rivés sur le dehors brumeux.

J’ai pris quelques photos, dans le même format que mon ami qui n’écrit plus, carré.

Je suis fatigué, la route, je reste assis face à la télévision, je louche, j’écoute.

Les montagnes sont belles tous les jours, ce soir elles sont léchées par les nuages. Je les observe, longuement. Beautés. Les oiseaux tracent le ciel, je suis au théâtre.

Fixer le prix de ses créations c’est tout un spectacle aussi. Sur scène :
– c’est trop cher,
– non trop peu,
– tu peux pas compter tes heures,
– et pourquoi pas ?
– l’important c’est de vendre,
– non c’est de te respecter,
– ni l’un ni l’autre, c’est de prendre du plaisir.
Bon taisez-vous tous. On verra ça plus tard.

21h54, c’est assez, je ne verrai pas minuit. À la radio ça cause, je n’imprime plus.

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