JRNL 030825 – 050825
030825
Il y a un jeu auquel je ne voulais plus jouer.
Je joue encore.
Jouer, je pensais que c’était pour… jeux.
Je ne suis pas en forme de case, je n’ai pas de costume.
Je n’ai plus de plaisir à faire semblant, même pour faire plaisir.
Combien de temps peut-on se mentir ?
Je dis ça à qui ?
Le couloir est vidé.
Le poseur va pouvoir poser.
Je me réjouis que ce soit fini.
J’ai assez laissé mes clés.
Je suis sourd aujourd’hui.
Dans ma tête, je parle trop.
Le silence est large.
J’ai peur du vide.
On me sent de loin.
On tente de me tenir.
Je ne tiens pas.
Tombent les doutes, les idées et les envies d’être « autre » comme les feuilles d’un arbre en automne. Je ne me montre pas dénudé, je me cache sous les feuilles.
Pas de télévision, pas de radio.
Les chats dorment déjà.
Sans ronfler.
Pas moi.
040825
Je me prépare pour aller au bureau, je n’y vais pas.
Les travaux continuent, ce matin nous sommes trois ici dedans. Ça ira plus vite, peut-être. Les chats ? Un sous le lit. L’autre, proche des envahisseurs. L’ancien sol continue de disparaître. Chargement du changement, huitante pour cent. Je me sens plus lumineux, qu’hier par exemple.
Moins envie de tout compliquer.
Moins, pas plus.
De retour au jeu, cette semaine on doit trouver notre acolyte, dans un forum à identité cachée. J’y reviendrai en fin de semaine, une fois la chasse clôturée.
Il fait frais, ça scie les fonds de portes.
Soirée entière à traquer les binômes célèbres. J’avais dit que je ne jouais plus. J’ai ressorti mon imprimante, je mène une enquête. Me manquent des punaises et de la ficelle rouge. Ficelle, j’ai.
050825
Je suis fragmenté, comme le ciel.
J’ai rêvé de Mario et de Luigi, de Monsieur et Madame Smith, de Batman, Astérix, Milou, Jerry, Sammy, Ramzy, Kad, Sloane, Watson, Garfunkel, Rachel, de Dupont mais aussi de Dupond, ainsi que de Gromit, Louise et Leia Organa, entre autres. Trop d’interactions sociales, le poseur de sol me libère en sonnant à la porte, je me lève, fatigué.
Je sors sur le balcon, c’est pas que je ne veux pas discuter mais si, quand même. Une voisine me voit du sien, elle me salue, c’est trop. Je lâche un sourire, un petit geste de la main, je tourne la tête. En sous-titre défile : non, pas la météo, pas aujourd’hui.
Je fais du tri, je garde que ce que je préfère, je garde les petites fleurs blanches qui poussent un peu partout dans le gazon du jardin sous mes yeux. Il y en a des jaunes et aussi quelques violettes.
Une de mes voisines hurle à sa maman, une dame âgée presque sourde, j’entends tout comme si elle me parlait, elle parle du temps. Je tourne la tête, le sommet des montagnes, c’est si beau, sfumato.
Au loin, je vois Picole jouer dans l’herbe,
il est concentré,
je me rends compte qu’il a toute une vie sans moi.
Il y a eu comme de la magie, en l’espace de deux heures, le sol est terminé. Le plancher, débarrassé. C’est même pas midi.
Le temps, c’est pour les fous.
Les montagnes se croisent, dépend de où on les regarde, elles se touchent.
Une mouche m’agace.
Ça miaule à la porte.
Picole.
Aller-retour à Croquette Land.
J’existe.
Ce soir, dehors, il y a encore de beaux nuages.
Gris et blanc slashent le ciel.
Je continue mon marché: le chant des oiseaux, le vert des sapins, du lierre.
À l’intérieur tourne la radio, en anglais, je ne comprends pas tout.
Ça fait du bien.
Ce soir, je ne joue pas. Je veux rêver de binôme, mais pas célèbre.


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